Le mobilier Scoubidou

Le mobilier Scoubidou

Pas cher, ludique, et « so vintage », tel est le mobilier scoubidou. Il rappelera des souvenirs aux plus âgés et attirera la curiosité des plus jeunes…

C’est Louis Sognot qui, dans les années 1950, fut le premier à faire des meubles en fils de plastique colorés. Le bois est alors encore utilisé pour la structure de ces meubles, qui sont surtout des sièges. Le fauteuil Acapulco, comme son nom l’indique, était originaire du Mexique, et dérive d’une idée latino-américaine renforcée par le côté « hamac » (le hamac vient des Indiens d’Amérique centrale).

Dans le film Mon oncle de Jacques Tati, sorti en 1958, on peut apercevoir des fauteuils « coquetiers », où des fils de plastique sont tendus sur des armatures métalliques pour former l’assise et le dossier, conçus par « les mousquetaires designers de l’ARP » (l’Atelier de Recherche Plastique), soient Pierre Guariche, Joseph-André Motte et Michel Mortier. Quoi qu’il en soit, la mode était lancée et le procédé n’ayant pas été breveté, nombreux furent les éditeurs de meubles à occuper le créneau.

Tout le monde s’y met

Le mot « scoubidou », quant à lui, vient d’une célèbre chanson de Sacha Distel sortie en 1959. Un terme qui, soit dit en passant, ne voulait rien dire. Dans les années 1960 et 1970, le plastique est partout, y compris dans le domaine du mobilier. Dès les années 1960, l’éditeur Meubles TV produit des chauffeuses dessinées par le designer et architecte d’intérieur français André Monpoix, en fils de plastique tendus sur une structure métallique laquée noire tubulaire.

Tolix, entreprise bien connue pour ses sièges métalliques, suit le mouvement en proposant un ré-interprétation de ses célèbres chaises T37 ou T4, et dans un autre registre, produit aussi des fauteuils selon le modèle plastic armchair big model. Ces grands fauteuils signés Jean Pauchard, le fils du créateur de la marque Tolix, Xavier Pauchard, étaient destinés aux hôpitaux ou aux maisons de retraite et permettaient aux patients de se reposer en dehors du lit tout en étant confortablement installés. Ce fauteuil sera fabriqué jusqu’en 1999 ! Toujours dans les années 1960, l’éditeur de meubles Stella fait lui aussi une entorse à son style pour y intégrer les fameux scoubidous : il délaisse le bois, son matériau de prédilection, et fabrique des fauteuils avec tubulure métallique pour venir y enrouler les joncs de plastique.

Une histoire mouvementée

Le mobilier « scoubidou » connaît un succès fulgurant et se répand sur les terrasses ou dans les campings, devenant le symbole d’une époque. Il se déclinera aussi dans les intérieurs, avec une recherche esthétique un peu plus poussée. Le premier choc pétrolier de 1974 met un frein à la production du matériau, fabriqué à partir du pétrole. Dans les années 1980-90, cette mode tente un retour avec, entre autres, la chaise Spaghetti de l’Italien Giandomenico Belotti, et plus récemment, avec la gamme Tropicalia de Patricia Urquiola, éditée dans les années 2000.

Julien Adam et Nicolas Garet, les dirigeants de l’entreprise Boqa qui édite le fauteuil Acapulco, se souviennent : « Un fabricant du nord de l’Europe a bien tenté de nous empêcher de réaliser nos modèles, mais ne pouvant produire aucun élément probant devant la justice, il a fini par renoncer ». Selon Brigitte Durieux, expert en mobilier industriel et vintage, « de nombreux industriels se sont emparés de cette technique qui avait l’avantage de relooker rapidement leur mobilier. En conservant les armatures des chaises, il suffisait de remplacer les plaques de tôle de l’assise et du dossier par des fils de couleur pour rester dans la tendance du moment ! ». Original, simple, pratique et évocateur des jours heureux, le mobilier scoubidou n’a pas dit son dernier mot.

Comment ça marche ?

Aussi appelé « jonc de plastique » à cause de sa ressemblance avec l’osier, le fil est en PVC extrudé. Teinté dans la masse, il existe dans toutes les couleurs, et va généralement de 3 à 5 mm de diamètre. Ces fils peuvent être tressés ou tendus sur des armatures. La tension est d’ailleurs un facteur important dans la fabrication du meuble, car elle décidera du confort de l’assise. Sur une chaise, on augmentera la tension, car le poids est réparti sur une petite surface, tandis que sur un transat, la tension pourra être moindre. En fonction des modèles et de la technique employée, la longueur des fils utilisés diffère, un fauteuil Acapulco par exemple, nécessite 80 mètres de fils !

Le saviez-vous ?

La technique de tressage et la réalisation des nœuds d’arrêt sont directement inspirées du travail de l’osier. Les fils de plastique sont agencés pour s’auto-bloquer les uns avec les autres et permettre de se repartir. Comme ses ancêtres en matières naturelles, ce type de tressage doit être effectué à la main.

Combien ça coûte ?

Pas cher ! Un tabouret coûte entre 25 et 40 euros, une chaise entre 30 et 50 euros. Un fauteuil peut se vendre entre 50 et 80 euros. Les fauteuils conçus par des designers comme Guariche, Mortier ou Motte, et édités par Steiner, atteignent les 500 euros. Ici, plus que le matériau, le nom fait le prix.

Article rédigé par Aladin Antiquités, le magazine des chineurs et des collectionneurs depuis 1987.

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