Les poupées : des jouets devenus objets de collection

Les poupées : des jouets devenus objets de collection

Au royaume merveilleux des poupées anciennes, tous les matériaux n’ont pas la même valeur. Certaines, bien plus rares, utilisées à des fins culturelles, ludiques ou tout simplement décoratives, ont réussi à traverser les décennies sans prendre la moindre ride. C’est le cas des poupées à tête en porcelaine dont la rareté et le charme désuet soulèvent toujours l’attention des collectionneurs.8 août 2019

Les poupées : des jouets devenus objets de collection

La Chine a été la première région du monde à concevoir des poupées en porcelaine. L’Empire du Milieu fut ensuite suivi, à partir du premier tiers du XIXe siècle, par les pays d’Europe occidentale où la mode a d’abord déferlé en Allemagne puis en France et en Angleterre.

À l’époque, ces poupées représentaient des femmes et plus rarement des enfants et des bébés, dont la réalisation se généralisera à partir de 1880, en raison du développement de la fabrication en biscuit de porcelaine, une faïence cuite à haute température. Ces premiers modèles reprenaient alors les codes vestimentaires – en tissus anciens et dentelles – qui existaient déjà avec les modèles en papier mâché et en cire, dont elles vont se distinguer grâce à leur touche d’élégance. Les traits des visages, surmontés de coiffures moulées, se montrent également plus réalistes. Très chères et fragiles, ces poupées étaient généralement équipées d’un trousseau – comprenant les habits, quelques accessoires –, et destinées aux jeunes filles de la noblesse européenne qui adoraient en faire leur divertissement préféré.

Jeune fille et sa poupée, 1909, source inconnue
Jeune fille et sa poupée, 1909, source inconnue

Au fil des décennies, la maîtrise du procédé de cuisson conjuguée à la découverte de nouveaux matériaux comme le gutta-percha et le celluloïd vont se démocratiser et faire naître de véritables œuvres d’art en la matière. En particulier à la fin du XIXe siècle. En Allemagne par exemple, où la concurrence fait rage, de très nombreuses petites sociétés artisanales se partagent un marché florissant que domine l’entreprise d’Armand Marseille, aujourd’hui considéré comme le fabricant de têtes de poupée en biscuit le plus connu au monde.

Né en Russie, ce fils d’architecte huguenot émigra en Allemagne avec sa famille au milieu du XIXe siècle. Il y acheta d’abord une usine de jouets puis une fabrique de porcelaine et avec ces deux entités, il créa un empire, puisqu’on rapporte qu’entre 1900 et 1930, sa société a produit près de 400 modèles différents de poupées et de personnages en biscuit, en tissu, en chevreau ou en corps de composition.

Armand Marseille, Modèle 390, image © Rubell's Antiques
Armand Marseille, Modèle 390, image © Rubell’s Antiques

En France, le phénomène est identique. Au tournant du XXe siècle, les modèles à la parisienne se démodent et font place à un nouveau genre de poupées articulées, aux tailles différentes et surtout, aux allures plus enfantines. Un créneau qui va faire les beaux jours d’une flopée de maisons de confection, à commencer par les marques Jumeau, Steiner ou encore Bru, qui vont toutes s’adjoindre les services de sculpteurs de renom.

Signature prestigieuse, cette dernière se distinguait de ses concurrentes par son esprit inventif et l’originalité de ses créations, toutes en rondeurs et arborant des expressions au réalisme saisissant (la poupée surprise, la parisienne, le Bru jeune). De son côté, la maison Jumeau gagna sa renommée avec son fameux Bébé incassable au visage en porcelaine de Sèvres, et remporta plusieurs prix sur des expositions internationales. 

Bébé Jumeau, poupée française avec tête en biscuit coulé, image © Expertissim
Bébé Jumeau, poupée française avec tête en biscuit coulé, image © Expertissim

A partir de 1900, les ventes se sont peu à peu effondrées, marquant la fin de l’âge d’or pour ces jouets élevés au rayon d’objets de luxe. L’un des derniers grands succès du genre sera la poupée Bleuette, qui était offerte avec l’abonnement annuel du magazine français pour enfants La semaine de Suzette, et dont le modèle, fabriqué avec une tête en biscuit jusqu’en 1939, s’est écoulé à plusieurs dizaines milliers d’exemplaires. Par la suite, la mode du poupon prit l’ascendant sur tout le reste, embarquant avec elle, des matériaux plus résistants et moins coûteux (celluloïd, tissu bourré, feutrine, etc.), ainsi que de nouvelles marques fraîchement débarquées sur le marché, telles que Steiff (Allemagne), Lenci (Italie), Kamkins (Etats-Unis) et Vénus (France), pour les plus connues. 

Magazine français pour enfants « La semaine de Suzette », image © Millon
Magazine français pour enfants « La semaine de Suzette », image © Millon

Aujourd’hui, parmi les modèles qui séduisent le plus les plangonophiles – nom donné aux collectionneurs de poupées –, figurent les bébés rares de chez Bayeux Mothereau ou encore les poupées de la marque Thuilier, reconnaissables à son biscuit très fin et à son modelage de grande qualité.

Malgré leur 150 ans d’âge, certains exemplaires n’ont pas pris une ride et peuvent s’arracher à plus de 20 000 € sur les places d’enchères. Récemment, une poupée signée par la maison Halopeau a même trouvé preneur à 38 000 €. Mais il y a plus impressionnant encore. En 2014, un des rares exemplaires d’une série limitée de la poupée imaginée par le sculpteur et peintre français Albert Marque a été vendu pour une somme record de 300 000 €, chez Thériault.

Poupée imaginée par le sculpteur Albert Marque, image © Thériault's
Poupée imaginée par le sculpteur Albert Marque, image © Thériault’s

D’ailleurs, pour se faire une meilleure idée de ces œuvres au charme délicat et désuet, rien de tel que d’aller s’en émerveiller au musée de la Poupée, situé à Paris. Privé, limite confidentiel, celui-ci renferme des milliers d’exemplaires de poupées anciennes, dont quelques spécimens rares, en porcelaine et dont la valeur totale estimée dépasserait les 100 000 €.

Source

Laisser un commentaire

Aller à la barre d’outils